samedi 22 novembre 2008

Inquiétude & Certitudes - samedi 22 novembre 2008


Samedi 22 Novembre 2008

Quelle crise : celle du P S, celle de la gauche, celle de la démocratie ? celle de la France

Les foyers neufs de tension

Une réflexion sur la crise financière internationale : indépendante et autorisée (le Vatican)





Prier…[1]. L’Apocalypse, clé de toute la Bible, honneur et bonheur d’avoir pu lire le texte en deux ou trois aurores, le dos au rocher même qui se fendit à Patmos tandis que Jean écrivait. D’autres images et souvenirs liés à cette île-paroxysme, intensité de la lumière, des formes et de ce que fut un moment de ma vie là-bas, il m’en reste aussi des cailloux parfaits, inouis de couleurs beiges, brunes, ocres, blanchâtres et aussi de douceur lisse au toucher, ils sont sur ma terrasse. Notre neveu, mort accidentellement à huit ans, je ne veux pas qu’on marche sur ma tombe, avait-il dit quelques semaines auparavant en passant prier avec les siens, sur celle de son grand-père, mon père, je veux qu’on mette seulement des cailloux blancs. Ange tombé du ciel qui nous habite tous, résolument, rieur dans sa vie parmi nous, beau et fin, indépendant, notre fille a un peu son corps, si l’on peut écrire cela d’une petite fille, la jeunesse incarnée. Un texte donnant des clés mais dont je ne sais pas l’usage, prophètes aux grands pouvoirs de lier ou délier, l’Eglise ? les trois jours et demi d’exposition de crucifiés sans mise au tombeau, ce n’est pas le Christ mais cela ressemble au Golgotha… Ils sont montés au ciel, et leurs ennemis les regardaient. Jean n’écrit pas pour ne rien dire, alors ? Quel livre saint non plus. Trop longtemps, l’Eglise et son peuple, monolithique intellectuellement, a manqué de curiosité pour les autres attentes de Dieu que la sienne. La Bible elle-même a tant de chemins vers le Nouveau Testament. Et Jésus se laisse interroger là-dessus, la septuple veuve sans enfants, de qui sera-t-elle m’épuse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? Curieusement, la stérilité de ces couples n’interpelle pas. La grâce que nous avons eue… Le Christ répond par la résurrection et la vie : il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. Là est le lien décisif par lequel toute autre relation a sa vie et sa force, son accomplissement (cet agnostique, éminent ami de près de quarante ans, que visite avant-hier ma chère femme, il lui dit : soixante-et-onze ans de bonheur, de fidélité et de tendresse, son épouse sombrée dans Altzheimer parfois me reconnaît – lui, il m’a dit, la mort ? il signifiait l’au-delà… on ne sait pas, il ne disait donc pas non, je l’enveloppe dans ma prière, comme l’implore la fatoua, la vie anticipe notre mort, c’est-à-dire notre accomplissement). Conclusion sidérée de l’ennemi qui poursuit de ses questions le Messie à longueur de ses itinéraires et de ses réunions publiques : Maître, tu as bien parlé. Livre récent d’un publiciste de carrière habile mais non sans fond, sur la philosophie de Jésus. Pourtant, ces réponses du Christ ne convainquent personne, il sera mis à mort. Ce qui a convaincu, ce sont ses appels par leur nom de tel puis tel, c’est l’accueil de la foi anonyme par une guérison. La résurrection est l’événement pour ceux qui avaient jusques-là douté : ses disciples, précisément ou paradoxalement.


Plus un pouvoir est faible, plus il donne lieu à des querelles de palaispour l’acquérir, Vichy, Sigmaringen : le Parti socialiste dans l’état où il se trouve. Dans un régime autoritaire ou dans la perspective d’un régime d’autorité, le parti n’est qu’une machine de conquête : Jacques Chirac s’en donna un par faiblesse des « barons » et dans la conséquence des diverses inconduites des « gaullistes » depuis Mai 1968, Nicolas Sarkozy sut s’en emparer en s’appuyant sur la culture du chef qui a caractérisé dès sa fondation le R.P.R. : les querelles pour les places à l’U.M.P. de presque aucune conséquence dans l’exercice actuel du pouvoir et dans la vie politique de la France en ce moment, ne sont pas pour autant plus belles que celles des socialistes : Patrick Devedjian monnayant sa place pour un portefeuille, Brice Hortefeux monnayant son (bien répugnant) portefeuille pour une chefferie à l’U.M.P., Christian Estrosi, etc… beauté de tous dans tous les azimuts.

42 voix d’écart sur quelques 144.000 militants, on ricane, moi j’admire. Au moins, il y a de la compétition et des différences de personnalités et de points de vue. Bravo, le P S même si, bien sûr, cela n’aide pas l’opposition à s’affirmer et à dire clairement ce qui se manque dans la politique que conduit – souverainement – Nicolas Sarkozy.

Je ne partage donc pas du tout les critiques les plus courantes sur le congrès socialiste et l’élection du nouveau Premier secrétaire (une femme comme chacun sait).

La démocratie a un prix, une certaine lenteur, un pluralisme qui apparemment ne facilite ni le consensus ni l’efficacité, la consultation dans le détail, des débats qui pour être censément d’idées, sont forcément de personne. Quel parti autre que le Parti socialiste, aujourd’hui, en France pratique ainsi la démocratie : l’U.M.P., le P.C. ou les partis d’une candidature à l’élection présidentielle comme celui de François Bayrou ou d’Olivier Besancenot ne sont pas démocratique, il y a une ligne, un chef, les successions ou les fondations ne sont pas disputées. Donc, il n’y a pas à railler ce parti, c’est la démocratie que cyniquement l’on raille : où est-elle ?, si elle n’est plus même dans un parti, alors qu’elle n’est visiblement au Parlement malgré le cynisme qui a consisté à présenter la révision de Juillet dernier comme une recrudescence de la prérogative parlementaire dans nos institutions.

Crise du Parti socialiste ? non, débat fondamental. Sur la notion de parti appelant, dans le cas du Parti socialiste, à un débat sur ce qu’est la gauche et sur ce qu’elle peut être, et à un autre encore plus englobant sur ce qu’est la démocratie quand il n’y a pas d’opposition d’ensemble et coup par coup.

Ou bien un parti d’idées qui n’aura jamais le pouvoir parce que la pureté des idées conduit à une prise par la force ou à ne le recevoir que par accident ou effondrement – ce qui n’a pas d’exemple en France. Ou bien un parti d’alternative gouvernementale. Ce qu’analyse très bien Pierre Laurent dans L'Humanité qui reconnaît, pour sa part, "le basculement explicite du PS vers un fonctionnement + à l'américaine+", faisant de lui "un parti d'alternance, entièrement tourné vers la désignation de son candidat à la présidentielle, lui donnant dès lors tout pouvoir, voué à sa campagne." (AFP d’aujourd’hui). Mais l’alternance gouvernementale n’est pas possible en France sauf si la droite passe la main, ce qui ne s’est produit qu’une fois : Valéry Giscard d’Estaing abandonné par une partie de son camp et miné par l’ « affaire des diamants » en 1980-1981.

Le scenario « révolutionnaire » que ne prévoient manifestement pas les stratèges à droite, est un mouvement social dont le Parti socialiste se porte garant politiquement, même s’il est initialement faible et divisé entre chefs. La question n’est d’ailleurs pas le salut des socialistes pour eux-mêmes, il est que triomphe dans l’esprit des Français la conviction qu’il faut une autre politique que celles menées depuis une quarantaine d’années – tout simplement, qu’elle s’appelle de gauche, ou d’une tout autre façon. Le mot radical a été tellement usé… mais il a eu sa fraîcheur par opposition au système politique de l’Empire, version déclinante. Retour à la notion originelle de République, si l’on ne veut pas du système héréditaire à la tête de l’Etat pour que fonctionne vraiment un régime parlementaire. Une République d’initiative populaire pour une société avec services publics, concertation sociale, pouvoirs du travail égaux à ceux du capital dans la marche des entreprises, et bien évidemment militance pour que ces options soient celles de l’Europe puis du monde, parce que l’expérience du XXème siècle a été que des politiques non capitalistes ne sont pas viables, sauf dictature et enfermement, dans quelques pays seulement.

Ce qui peut paraître élucubration mais qui représente une véritable alternative de gouvernement, est nécessaire. Les ravaudages minables et très coûteux pour le contribuable dont la poche est le garant final du crédit des Etats, surtout quand ceux-ci commencent à se susbtituer au crédit déclinant des banques, ne seront pas des solutions, les mécanismes qui ont fait tout dégénérer d’un capitalisme, qui – déjà – n’était pas bien généreux, c’est-à-dire pas prévoyant, ne sont ni analysés, ni réformés, et encore moins détruits quand il s’avère que ce sont eux les responsables de ce que nous allons vivre : pas une récession d’un ou deux ans, mais une longue dépression, laboratoire des voies de sortie, dont nous ignorons toutes les figures économiques et politiques. Le débat est donc bien plus grand que celui portant sur quelques moyens et quelques catalogues mis aux voix de militants qui ne doivent pas, sociologiquement, être à l’avant-garde des grèves, des inventions de succédanés d’entreprises ou de la négociation salariale.

Le pouvoir actuel – déjà anomalique du fait de son chef, dans un système de gouvernement avec alternance ou chance d’alternance à chaque fin de législature ou de mandat présidentiel, mais jamais pendant – ne sera, je crois, renversé que selon des événements et des dialectiques, encore imprévisibles et où la force des partis politiques jouera peu. Le drame du Parti socialiste est tout simplement qu’il y a querelle de génération intellectuelle, seulement, pas vraiment débat d’idées, et que les personnalités qui tiennent boutique ne sont ni très riches ni très puissantes. Il n’y a plus d’autorité morale en France depuis la mort de François Mitterrand (je feins de croire que Simone Veil en a été une, pour tenter de la rappeler à ce que l’être lui imposerait de rectitude et de continuité dans la politique qu’elle dit ne pas suivre mais à laquelle elle s’adonne comme jamais). Et il n’y a pas de grandes personnalités à gauxhe, pas plus qu’à droite. Ségolène Royal n’est pas charismatique, elle n’a pas l’emprise qu’on dit ou qu’on lui reproche, et sa pointure précisément plus modeste me paraît davantage prometteuse de démocratie et d’apprentissage collectif.

La réalité est que dans la grande crise mondiale qui a maintenant commencé de produire ses effets concrets – et qui risque dans un premier temps d’accroître la révérence des Européens pour les Etats-Unis, avec l’alibi que va constituer quelque temps Barack Obama – la France entre, elle-même en crise d’identité et de structures morales et psychologiques. Elle a perdu beaucoup de sa substance patrimoniale économique, elle a perdu le sens démocratique, elle ne fabrique plus d’élites, elle détruit son Etat, elle ne sert comment faire avec ses collectivités locales, elle ne sait pas inspirer l’Europe parce qu’elle ne sait plus discerner le monde ni écouter ses partenaires. Dans ce contexte à deux niveaux de crise, tout peut arriver.

Tandis que rien ne se décide et donc ne se fera à propos de la crise financière internationale – vue déjà bien restreinte de la période dans lequelle nous sommes entrés – les mécanismes et calendriers honnis par temps calme sont maintenus malgré la tempête : reprise des négociations de Doha pour une mondialisation accrue et dogmatique, droit du travail en voie d’abolition chez nous, les retraites à 70 ans après qu’ait été augmenté le temps de cotisation pour un taux plein, travail le dimanche, tout cela censément facultatif…

Foyers nouveaux ou qui réapparaissent, pas tant le foyer centre-est de l’Afrique, que le nord-est de l’Océan Indien où les renforcements de surveillance maritime sont en train de transformer en guerre du type talibans et Al-Qaïda ce qui n’était qu’insécurité et piraterie – que les conflits classiques : bras de fer entre indépendantistes et moscovites en Ukraine sur fond de chantage à l’approvisionnement en gaz, rébellion kurde en Turquie et sort d’Oçalan, perpétuation de la dictature au Zimbabwe qui récuse même Kofi Anan. Les conflits « est-ouest » sont faciles à résorber, la mini-crise des fusées (bouclier antimissile en Pologne et Tchéquie contre rampes de lancement à Kaliningrad), c’est du déjà vu, mais les oléoducs sabotés dans le delta du Niger et dans l’est turc, l’extension de la guerre d’Afghanistan, avec de nouveaux morts français à la clé, à tout l’est du Pakistan, les évolutions dans les royaumes himalayens, les émeutes contre la police en Chine méridionale sont des signes que le foyer à éruption est multiple et que la « communauté internationale » ne peut tout faire : témoignages inquiétant des ONG médicales au Kivu sur les forces des Nations Unies.

Vient de paraître un document de sept pages du Conseil justice et paix, de l’Eglise catholique romaine. L’AFP [2] en donne une brève analyse. A première lecture, rien de révolutionnaire mais ce semble une investigation et des propositions très complètes. Le Vatican a les moyens – intellectuels – de s’associer le concours des meilleurs connaisseurs. Mais il peut certainement beaucoup mieux faire réfléchir et proposer qu’il ne l’a fait depuis une trentaine d’années. D’une certaine manière, ce que je viens d’écrire à propos du Parti socialiste, vaut pour le Vatican en magistère conomique et social : quel rôle, quelle responsabilité ? puisque les fondements s’y prête, références, indépendance, désintéressement.

[1] - Apocalypse de Jean XI 4 à 12 ; psaume CXLIV ; évangile selon saint Luc XX 27 à 40

[2] - ROME (AFP) - 22/11/08 18:37
Vatican: un nouveau "pacte financier international" nécessaire face à la crise

Face à la crise économique et financière qui frappe le monde entier, le Vatican estime nécessaire "un nouveau pacte financier international" dans un document publié dans son quotidien, l'Osservatore Romano, daté du dimanche 23 novembre.
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"Sommes-nous face à la nécessité d'une simple révision ou d'une véritable refondation du système des institutions économiques et financières internationales", s'interroge le Conseil pontifical pour la justice et la paix dans ce document préparé en vue d'une réunion ministérielle sur le financement du développement, du 29 novembre au 2 décembre à Doha.
"De nombreuses personnalités et institutions, publiques et privées, nationales et internationales, réclament une sorte de nouveau Bretton Woods", la conférence d'après-guerre à l'origine du système financier international actuel, rappelle le document.
"La crise a sans aucun doute mis au premier plan l'urgence de trouver de nouvelles formes de coordination internationale en matière monétaire, financière et commerciale", assure le Vatican.
"L'actuelle crise financière est essentiellement une crise de confiance", écrit aussi le Conseil.
"Il est clair aujourd'hui que la souveraineté nationale est insuffisante; même les grands pays sont conscients qu'il est impossible de réaliser les objectifs nationaux en comptant uniquement sur des politiques internes: des accords, des règles et des institutions internationales sont absolument nécessaires", ajoute le Conseil pontifical.
Le document préconise "le renforcement de la coopération en matière de transparence et de surveillance du système financier" demandant d'"éviter le début d'une chaîne de protectionnisme réciproque".
"Il est possible de trouver des solutions de +souveraineté partagée+ comme le démontre l'histoire de l'intégration européenne en partant de problèmes concrets et dans le cadre d'une vision de paix et de prospérité basée sur des valeurs communes", estime le Vatican dans ce document.
Le pape Benoît XVI avait déjà évoqué début octobre la crise financière, mais c'est la première fois que le Vatican prépare un document aussi élaboré, long de sept pages, consacré aux bouleversements économiques en cours.
"La doctrine sociale de l'Eglise, avec la riche variété de ses principes moraux, peut et doit apporter sa contribution", ajoute le Conseil pontifical, appelant "les gouvernements et tous les autres opérateurs économiques à trouver des solutions durables et solidaires" des pays moins développés.
"La dimension éthique de l'économie et de la finance n'est pas quelque chose d'accessoire mais quelque chose d'essentiel et doit être toujours prise en considération pour poursuivre des dynamiques économiques et financières correctes, clairvoyantes et porteuses de progrès", conclu le Vatican.

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