lundi 2 mai 2011

Inquiétude & Certitudes - lundi 2 mai 2011

Lundi 2 Mai 2011

Prier… pour tous ceux morts ou vivants qui, selon eux, ont cru à ce prophète et à cette caution. Cet assassinat sommaire emporte le secret, dépassant de beaucoup une individualité, et n’éradique aucune des causes ayant suscité le charisme d’Oussama Ben LADEN et les meurtres d’anonymes qu’il cautionna pour leurs auteurs et revendiqua pour les tiers. Le simplisme n’était pas de son côté. La coincidence entre sa mort – si elle est avérée, ce dont je doute – qui fut en dehors de toutes règles y compris judiciaires et la béatification en règle de Jean Paul II n’est pas commentée tant la courte vue domine les médias et les politiques enchainés par la même cécité dans la même endogamie. Prier dans cette interrogation : pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples ? les rois de la terre se dressent, les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et son messie : ‘ Faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves ! ’. Il est des moments de l’histoire humaine, de toute histoire individuelle où aucun « fil directeur », aucune dialectique ne répond de tout, hors la considération que Dieu a un dessein de miséricorde, de rachat et de perfectionnement de sa créature par retrouvailles entre elle et Lui. [1] Le dialogue, en profondeur, entre Nicodème qui interviendra auprès de Pilate pour obtenir de lui le corps de Jésus, qui tenta au sanhédrin de faire instruire équitablement le procès du Christ, et Celui-ci. Nous le savons bien, c’est de la part de Dieu que tu es venu nous instruire. Jésus ne répond pas sur ce plan. En lecture des événements, en conduite de ma vie, en discernement pour chacun ou pour des peuples entiers, Dieu nous enlève de nos niveaux, de nos certitudes, de nos habitudes, de nos souhaits-mêmes. Nicodème, sans doute, souhaitait une déclaration d’identité, la communication d’un plan de prédication ou d’une stratégie. Il vous fait renaître. Je n’ai pas la capacité exégétique pour être assuré de ce nous et de ce vous qui ferait que Jésus s’adresse, par Nicodème, à ceux des notables qui sont de bonne volonté. Je le pense cependant. La dragée est haute pour cet homme de notoriété et de moralité. Et quel est ce type d'homme qui est né du souffle de l’Esprit ? ouverture ou presque de l’évangile de Jean à laquelle fait écho ce don du même Esprit par le Christ à ses disciples, sauf Thomas l’absent, quand il répandit sur son souffle et leur dit : ‘ Recevez l’Esprit Saint ’. version johannique de la Pentecôte qui est, en fait, diffusée à travers tout son évangile : comme leur prière se terminait, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance. Une prière collective exaucée, une mission souhaitée explicitement par ceux qui l’ont déjà plusieurs reprises reçue : donne à ceux qui te servent d’annoncer ta parole avec une parfaite assurance. Voici soudainement dévoilé le sens de l’Histoire et donné le sens de nos vies, à chacun.

après-midi

La mort de Ben Laden, selon des dépêches d’AFP que je lis à midi. La nouvelle a dû être connue dès l’aube puisque Benoît Hamon la commentait à huit heures et demi (quelqu’un sans talent ni culture, qui n’a jamais été élu à un scrutin uninominal, qui inaugure un type de carrière inédit, mais fréquent je crois aux Etats-Unis et en Allemagne : la fonction publique du parti, un aparatchik qui maintenant passe pour incarner une tendance…). Ce qui est dit : la villa à trois étages, entourée de murs de cinq mètres de haut avec fils de fer barbelés, à soixante ou cent kilomètres au nord d’Islamabad. Repéré depuis le mois d’Août, nombreux militaires pakistanais en retraite dans les environs, complicités des services de renseignements pour Ben Laden (mais sans doute asusi pour les Américains). Les choses ont eu lieu cette nuit. Non pas capturer, il n’eût pas été une source de renseignements opérationnels, mais éliminer, tuer. Textes de responsables américains, devoir légal et moral d’intervenir et de tuer. Donc, pas de reconnaissance d’identité, sinon plus de douze heures ensuite, des tests ADN (comme si l’Amérique avait la fiche dentaire de l’adolescent ?). Pas de présomption d’innocence, pas de procès. De l’opérationnel, les motivations, la personnalité de cet homme charismatique qui sera certainement vénéré comme martyre après l’avoir été comme prophète, n’ont pas intéressé ni les exécutants ni le pouvoir suprême américain. Version étonnante : le corps transféré en Afghanistan pour être jeté à la mer selon les règles de l’Islam… comme chacun sait, Kaboul est en bord de mer et la sépulture du défunt en pleine terre, sans cercueil, entouré de croyants selon la foi de l’Islam, est bien mieux assurée par des soldats étrangers survolant le golfe persique ! Le tout précédé de la mise en onde d’une photo. vite considérée comme truquée…

Exploitation et chœur. C’est Barak Obama qui en direct annonce la nouvelle, affluence autour de la Maison Blanche et à New-York comme un soir de championnait du monde foot-ball. Commentaire domestique, c’est excellent pour sa réélection dans dix-huit mois : il l’avait promis, il l’a fait. Chœur en « Occident » (rien encore de Moscou ni de Pékin, et pas vraiment d’écho dans le monde arabe, du moins pas d’enquête encore) : victoire de la démocratie mais vigilance à maintenir, terminologie confirmée, l’Occident, les Occidentaux, la prouesse et la ténacité des Américains. Pas de discussion ni du secret y compris vis-à-vis du Pakistan, ni de l’absence de toute procédure, ni des motifs maintenant de rester en Afghanistan.

Il me semble que c’est la dernière victoire des Etats-Unis en solo., leur dernière pétition d’une exclusivité de capacité pour faire respecter la morale mondiale, une tentative pas très assurée de se retrouver des arguments pour une hégémonie contredite par la crise de tant de faits acquis. La réalité est une simple et expéditive vengeance, plus d’orgueil national contesté par l’attentat du 11-Septembre, que des victimes dont il semble que les parents et ayant-droits auraient souhaité qu’il y ait procès. Justement, j’aurais de beaucoup préféré un procès et un procès conduit selon les références-même d’Al Qaïda et d’Oussama Ben Laden, c’est-à-dire selon le droit musulman et devant des tribunaux islamiques. Pour que « l’Occident » comprenne ce qui motive certains jusqu’au suicide. Comparution et jugement selon leur religion, leurs cconvictions, leurs procédures, pour que les musulmans s’expliquent vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis des non-musulmans et fassent, par eux-mêmes, établir la différence entre cette guerre sainte, cette recherche d’une unité musulmane et arabe prêchée et cautionnée par celui qui va sans doute devenir un sorte de nouveau Che Guevara, et l’Islam, religion véritable et humaniste.

Nicolas Sarkozy qui n’est pour rien dans « l’exploit » va cependant ajouter à son anthologie dès demain, devant les cercueils de nos huit compatriotes qui faisaient du tourisme à Marrakech au lieu de descendre les gorges du Verdon ou de monter la colline de Vézelay. Il est précisé que ce sera un discours sur le terrorisme. Vie privée ou éléments de campagne pour la réélection ? On est passé de l’annonce d’une heureuse attente de Carla Bruni, à celle de jumeaux.

La réflexion sur l’état des relations internationales, sur les grandes réformes commerciales et monétaires mondiales, sur l’absence de prise européenne dans les événements en cours, est une nouvelle fois reportée.

Quant au fait lui-même et aux réactions, l’Histoire, même très récente, surabondent en faux officiels (l’ambassadrice des Etats-Unis à Bagdad donnant à croire en Juin 1990 à Sadam Hussein que Washington n’interviendra pas s’il « récupère » le Koweit, les « armes de dissuasion massive » fabriqués et stockée en Irak selon les « preuves » données en Conseil de sécurité en 2003, nonobstant le témoignage des responsables de l’Agence internationale pour l’énergie atomique) et plus encore en unanimités sidérant les générations suivantes. Chez les notables, la course pour répéter le cri du chœur, comme il y eut l’obligation de compassion en 2001.


[1] - Actes des Apôtres IV 23 à 31 ; psaume II ; évangile selon saint Jean I 1 à 8

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