jeudi 19 février 2015

courriel à l'Elysée - l'occasion manquée



Nous vivons encore les conséquences de l'erreur de Jacques Chirac en 2002 : une élection par défaut devenait une nouvelle fondation de la politique dans notre pays s'il avait appelé à un gouvernement d'union nationale et l'avait fait former consensuellement par les partis représentés au Parlement, le Premier ministre proposé par ces partis.

Le texte Macron pouvait être une série de lois très courtes, si la matière l'exigeait, chacune discutée et rédigée avec le métier concerné ou avec les parties intéressées par l'un ou l'autre de ces arrangements si ponctuels. Un texte unique pas même justifié par quelque cohérence est, dans la forme, déjà un mauvais choix. Celui qui se réclame de Paul Ricoeur - dont l'un des diagnostics terribles sur nous (j'ai été un de ses visiteurs très assidus les trois dernières années de sa vie, vivant notamment la nomination de Raffarin, c'est-à-dire l'incompréhension de la leçon de 2002) était que nous ne savons pas, en France, débattre - n'a donc pas su ni à la tribune ni depuis qu'il est au gouvernement dialoguer, convaincre, assimiler, faire oeuvre commune. L'économie est oeuvre commune. C'est un échec de méthode et d'écriture

Le texte, détesté à gauche, y compris dans l'ensemble du parti socialiste, devait être offert pour ce qu'il est à la droite, et constituer l'un des éléments de la plate-forme de ce gouvernement d'union nationale, manifestement appelé par les Français en marche du 8 au 11 janvier. Union nationale contre le terrorisme et pour les grandes libertés de 1789 et de 1948 (nos rédactions), union nationale pour inventer puis imposer par notre exemple l'Europe, son économie, sa défense : les défis et les réalisme que le vote grec ou la guerre d'Ukraine nous font enfin percevoir après au moins une décennie de cécité, d'inexpression et d'inorganisation de l'Union. Nos vraies tâches, notre responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des autres.

Que la droite ne comprenne pas qu'elle aurait dû voter un texte qui est le sien quoiqu'elle aime les corporations dans ses versions chiraquienne et sarkozyste, et qu'ainsi elle perdait encore plus le Président vis-à-vis de ses soutiens et de ses électeurs initiaux, c'est évidement son aveuglement. Mais c'était au Président de la faire changer de rôle et de rompre donc avec des élections et des gouvernements d'alternance et de mimétisme. D'un mauvais texte présenté - mais mal défendu - par un mauvais ministre (ses multiples agressions verbales contre des défavorisés et des victimes, sa définition de la gauche : c'est de réussir, entretien accordé à
Ouest-France à son entrée en fonctions, aphorisme du genre de celle de Séguéla pour la montre présidentielle), il pouvait sortir autre chose et aussi la démocratie. Le refus du texte grandissait le Parlement et le montrait représentatif, aussi, de l'opinion. Qui a trouvé l'argument ressassé mardi et mercredi : les Français attendent avec une tel enthousiasme la loi Macron qu'on ne peut abuser de leur patience. Au contraire, rédiger le texte tous ensemble, avec les métiers, avec les partis, c'était au moins construire sinon des mesures, du moins une ambiance nouvelle.

Je crains aussi qu'à force de mettre en évidence la lutte contre l'antisémitisme et sa condamnation unanime, on est en train de le favoriser et de laisser envahir toute notre politique par ce thème. Avoir crié à l'islamo-fascisme avant toute identification des coupables, toute enquête sur la personnalités des profanateurs de Sarre-Union pour ensuite négliger ce qu'il s'est passé à Strasbourg (ma femme et notre fille y étaient au moment des faits) est léger et bloque la réflexion : ce n'est pas même pourquoi l'antisémitisme ? c'est tout simplement l'oisiveté, la disponibilité à tout de jeunes gens non étiquetables. Pourquoi ? et comment ? Une des pistes est qu'un pays au chômage et auquel aucun chemin n'est offert, auquel on ne fait pas appel - le 11 Janvier a été une façon des Français de se substituer à des gouvernants et à des politiques tournant en rond, et d'indiquer le moyen de tout, l'union nationale - est un pays dont l'élan est empêché. Et qui ne peut donc répondre d'une partie des siens, surtout de sa jeunesse.

Au début de la résurrection gaullienne,
il y eut certes un plan Rueff-Armand (autrement préparé et dialogué que la loi Macron) mais le changement était mental, spirituel. Il suffit de relire les dépêches AFP rendant compte des voyages du général de Gaulle en province pendant le premier semestre de 1959. Le renouveau "emballait" tous les Français. Il était ressenti.

Je suis convaincu que l'union des Français avec leurs gouvernants est possible mais avec gravité et enthousiasme. Actuellement, le Président et le gouvernement font de la récitation, même plus de la "pédagogie". Ils ne font pas confiance aux Français, pas même à leurs représentants. Comment peuvent-ils atteindre alors les opposants pour les rallier. Ceux-ci n'obéiront qu'à ce qu'ils sentiront de l'opinion publique. Et l'on n'a raison de la conjoncture qu'avec l'appui d'un peuple, surtout quand elle est très difficile.

Voeux, cher ami, Monsieur le Secrétaire général.



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